De Gaza au Soudan, des guerres sont menées contre les systèmes mêmes mis en place pour protéger les populations civiles, avec des travailleurs de la santé, des hôpitaux, des centres de santé et des ambulances pris pour cibles dans des proportions effroyables, selon l’agence onusienne pour la santé et les droits reproductifs, l’UNFPA.
Les attaques contre les établissements de santé ont doublé entre 2023 et 2024, et plus de 900 agents de santé ont été tués l’année dernière, rapporte l’agence.
Les travailleurs humanitaires ont eux aussi été tués en nombre record en 2024. Or, 2025 dépasse déjà ces statistiques tragiques, à un moment où le financement de l’action humanitaire diminue et où les services de soutien mis en place depuis des décennies peinent à fonctionner.

L’assaut contre le système de santé de Gaza
La guerre, qui dure depuis près de deux ans, a dévasté le système de santé de Gaza, privant des milliers de personnes d’un accès aux services essentiels. Désormais, alors que la famine s’installe, les fausses couches, les naissances prématurées et les cas de faible poids à la naissance se multiplient, tandis que la mortalité néonatale augmente, a averti l’agence de l’ONU.
« Comme la salle d’accouchement était directement sous le feu, j’ai accouché des bébés dans les couloirs de l’hôpital », raconte Ayda, une sage-femme cheffe dans le nord de Gaza. « Pour l’éclairage, nous utilisions des téléphones portables. Malgré le manque de fournitures et d’eau, nos mains ont continué à travailler. La vie doit continuer, même sous les bombes. »
Depuis octobre 2023, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a recensé plus de 720 attaques contre les soins de santé à Gaza, avec au moins 1 580 soignants tués et un nombre encore inconnu arrêté et détenu par Israël. Parmi eux se trouvait Ayda, qui, quelques jours seulement après avoir partagé son témoignage, a été tuée dans une frappe aérienne avec 37 membres de sa famille.

Accoucher dans les ruines au Soudan
Dans un champ de gravats qui abritait autrefois l’hôpital Ibrahim Malik de Khartoum, le Dr Khalid Badreldin, analyste en santé reproductive auprès de l’UNFPA au Soudan, se souvenait avoir effectué sa première chirurgie et fait naître son premier bébé dans ce lieu.
« Aujourd’hui, je le retrouve ainsi », dit-il en déplorant la fermeture de l’hôpital, qui était autrefois un centre majeur de soins d’urgence, de services maternels et néonataux.
L’hôpital a rejoint plus de 80 % des établissements de santé situés en zone de conflit au Soudan qui ne sont plus opérationnels.
Pendant ce temps, les sages-femmes de Khartoum, la capitale, prennent « d’énormes risques pour rejoindre les femmes à domicile », explique Hawaa Ismael, qui travaille au centre de santé Kararai, soutenu par l’UNFPA.
« C’était épuisant, travailler jour et nuit, mais c’est notre devoir, et je suis fière de ce que nous avons accompli. »
Ailleurs dans le pays, le personnel de l’hôpital de maternité d’El Fasher a été pris pour cible : une sage-femme a été tuée lorsque son domicile a été bombardé jeudi et une autre a été enlevée.
La crise qui s’aggrave en Haïti
L’Hôpital universitaire d’État, le plus grand du pays, a été attaqué lors de sa cérémonie de réouverture en décembre 2024, après dix mois de fermeture, faisant plusieurs morts selon les rapports. Le même mois, des gangs armés ont incendié l’hôpital Bernard Mevs à Port-au-Prince, la capitale, et en avril, les attaques ont forcé l’hôpital universitaire de Mirebalais à fermer ses portes.
Des gangs organisés mènent une campagne brutale pour s’emparer de la capitale, où la violence sexuelle est endémique. On estime que 1,2 million de femmes et de filles ont un besoin urgent de protection contre les violences basées sur le genre, mais en raison de l’insécurité persistante, trois des quatre espaces sûrs de l’UNFPA à Port-au-Prince ont récemment été contraints de fermer et de se relocaliser.

Alors que l’accès aux services d’urgence reste extrêmement limité, seulement un quart des survivantes de viol reçoivent des soins dans le délai critique de 72 heures. Les cliniques et hôpitaux ont été délibérément pris pour cibles dans la crise qui secoue Haïti depuis 18 mois, affaiblissant davantage un système de santé déjà fragilisé par des années de conflits, de pillages et d’effondrement financier.

Lourd tribut en Ukraine
Depuis janvier 2025, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a enregistré plus de 300 attaques de la Russie contre des infrastructures, services et personnels de santé en Ukraine, où les femmes et les filles doivent souvent chercher des lieux plus sûrs pour accoucher.
« Chaque jour est une source de stress », témoigne Anastasiia, de Sloviansk, dans la région du Donbass en première ligne. « Même s’il n’y a pas de frappe immédiate, les combats proches sont bruyants et constants. J’avais peur d’accoucher, mais la vie continue. Nous aussi, nous voulons vivre. »
Sa région ne disposant pas d’un service de soins intensifs néonataux, les médecins pouvaient pratiquer une césarienne mais pas assurer une prise en charge complète en cas de complications. À l’approche de son accouchement, Anastasiia a parcouru environ 20 km pour rejoindre le centre périnatal régional de Kharkiv, bien que la ville soit régulièrement bombardée par des frappes, drones et tirs d’artillerie.
Les travailleurs humanitaires qui viennent en aide à des femmes comme elle sont eux-mêmes exposés.
« Quand nous arrivons sur les lieux d’attaques ou face à des violences, nous n’avons pas le temps de ralentir », explique Roman, qui travaille avec une équipe mobile de soutien psychosocial de l’UNFPA à Dnipro. « C’est comme si nos réactions étaient mises en pause. Ce n’est qu’ensuite, quand on repense à ce qu’on a vécu et qu’on en discute, qu’on réalise combien c’était difficile. »
Sous le feu en République démocratique du Congo
Dans l’est instable de la République démocratique du Congo (RDC), la plupart des établissements fournissant des soins maternels ont été bombardés ou pillés. En réalité, seuls un tiers des hôpitaux de la région et un centre de santé sur cinq sont en mesure de fonctionner. Les équipes mobiles de santé de l’UNFPA sont souvent la seule option pour les femmes.
Déplacée depuis février 2023, Francine Toyata a raconté son récent voyage à travers « l’obscurité et le chaos » avec sa mère pour atteindre une clinique mobile de l’UNFPA et accoucher dans le territoire de Rutshuru, dans la province du Nord-Kivu.
« C’est pour des femmes comme Francine que nous faisons ce travail », a déclaré Nelly, sa sage-femme.
À mesure que le conflit s’intensifie, les bombes frappent désormais aussi les camps de déplacés internes, et les cliniques mobiles ainsi que les centres d’écoute ont été pillés et détruits.
« Nous n’étions pas en sécurité », ajoute Nelly. « Nous avons besoin de plus de soutien pour répondre à ces besoins urgents. »
Source : NATIONS Infos