Comment le Ghana crée des opportunités numériques pour les personnes en situation de handicap

Une formation numérique pratique ouvre l’accès au travail à distance et aux petits boulots pour les personnes handicapées

Les taux de chômage chez les personnes en situation de handicap en Afrique subsaharienne comptent parmi les plus élevés au monde, dépassant souvent les 80 à 90 %. L’inaccessibilité des infrastructures, la stigmatisation sociale et l’insuffisance des politiques limitent l’accès à un emploi digne.

La technologie offre une solution puissante, en permettant le travail à distance et en ouvrant les portes à des opportunités à l’échelle mondiale. Au Ghana, le secteur technologique est estimé à environ 1 milliard de dollars et continue de croître. De la fintech à l’agritech, le potentiel est immense, mais la participation des personnes handicapées reste très faible.

Cette réalité est apparue clairement lors de sessions de formation sur le commerce numérique et le e-commerce organisées par TechFarm Hub, où le directeur exécutif Kobina Adomadzi Longdon et son équipe ont travaillé avec de jeunes entrepreneurs, y compris des personnes en situation de handicap.

« La technologie est un facteur de transformation », souligne Longdon. « Mais beaucoup de personnes handicapées se sentent exclues, car la société traite ces outils comme s’ils étaient réservés aux valides. »

En réponse, TechFarm Hub s’est associé au Netherlands Trust Fund V (NTF V) du Centre du commerce international (ITC) pour concevoir une formation sur l’inclusion numérique et les compétences en freelance.

Avec le soutien du projet NTF V Ghana Tech, le programme DRISP (Disabilities Relief and Innovation Support Programme) a récemment organisé une formation de trois jours axée sur les compétences numériques et entrepreneuriales pratiques, afin d’accéder à l’économie mondiale des petits boulots.

Basé à Koforidua, dans l’est du Ghana, TechFarm Hub est un centre d’innovation sociale et de développement entrepreneurial qui aide les start-ups et les petites entreprises à se développer, avec un accent particulier sur l’inclusion numérique et l’agrobusiness.


Construire des carrières numériques

Vingt participants venus de tout le Ghana ont pris part à la formation, dont Grace Otoo, une créatrice de mode de Koforidua.

« J’ai acquis des compétences utiles pour concevoir des flyers, que j’utilise maintenant pour promouvoir mon entreprise », explique-t-elle. « J’ai appris à utiliser WhatsApp et TikTok pour élargir ma clientèle et gagner en visibilité. »

Le programme proposait un apprentissage pratique et concret sur les thèmes suivants :

  • Création d’entreprises en ligne et navigation dans le commerce numérique
  • Cybersécurité, prévention de la fraude en ligne et sécurité des transactions mobiles
  • Stratégies de marketing sur les réseaux sociaux pour renforcer la visibilité
  • Création de contenu et design graphique avec Canva
  • Image de marque personnelle et optimisation de profil sur des plateformes comme Upwork, Fiverr et Toptal

La formation a été conçue pour être accessible, avec des infrastructures adaptées aux fauteuils roulants, des technologies d’assistance et des modules pédagogiques adaptés à divers besoins.


Lever les obstacles à l’emploi

En dotant les personnes handicapées des outils nécessaires pour travailler à distance, le programme élimine des barrières comme l’accès physique limité ou l’exclusion du marché du travail.

« Cette initiative repose sur l’autonomisation par l’inclusion numérique », explique Kobina Adomadzi Longdon. « Nous faisons en sorte qu’elles aient les outils et les connaissances nécessaires pour y parvenir. »

Les participants ont déjà commencé à mettre leurs compétences en pratique : création de profils en ligne, obtention de missions freelance, connexion avec des clients. Beaucoup se sentent désormais capables de se lancer en tant qu’indépendants, un véritable tournant face aux difficultés rencontrées dans la recherche d’emploi classique.


Mesurer l’impact

« Toutes les sessions étaient très instructives, surtout celle sur Canva, où nous avons appris à créer des logos et des flyers de marque », confie Isaac Zokliss, un des stagiaires. « Avant cela, on entendait parler de branding, mais maintenant je comprends son importance. Le logo que j’ai créé donne une identité unique à mon entreprise et aide mes clients à reconnaître mes produits immédiatement. »

Michael Tettey, un autre participant, ajoute :

« J’ai appris à prendre des photos de mon travail, créer du contenu et le publier sur les réseaux sociaux. En tant que coiffeur, je sais maintenant mieux me vendre. »


Étendre l’initiative

TechFarm Hub prévoit d’étendre le programme à davantage de participants et de proposer des formations plus avancées. Parmi les nouveaux modules envisagés : le e-commerce, le montage vidéo et la publicité numérique — des compétences de plus en plus demandées sur le marché du travail.

Les organisateurs souhaitent également obtenir des financements pour fournir des outils essentiels comme des ordinateurs portables et des tablettes, afin d’améliorer l’accès au travail numérique.

Un autre axe prioritaire est le renforcement de l’accompagnement post-formation, notamment via le mentorat.

« Alors que l’économie numérique du Ghana se développe, des programmes comme celui-ci sont essentiels pour que les personnes handicapées puissent accéder à de véritables opportunités de travail et d’autonomie », conclut Longdon.

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