À l’heure où les économies africaines cherchent à réduire leur dépendance technologique et à mieux valoriser leur capital humain, le Bénin place la formation scientifique au cœur de sa réflexion sur l’avenir de son système éducatif.
Réunis à Porto-Novo du 5 au 7 août 2026, les participants à la troisième Assemblée consultative du Conseil national de l’éducation (CNE) consacrent leurs travaux à la promotion des filières scientifiques et technologiques.
La rencontre rassemble des responsables publics, des universitaires, des représentants d’institutions, des partenaires techniques et financiers ainsi que des organisations de la société civile.
L’enjeu dépasse donc le seul cadre scolaire. Il s’agit de déterminer comment l’éducation peut mieux répondre aux besoins d’une économie appelée à évoluer sous l’effet de l’industrialisation, du numérique et des nouvelles technologies.
De l’école aux besoins de l’économie
Pendant longtemps, la question de l’orientation vers les sciences a été abordée principalement sous l’angle de l’éducation. Elle est désormais devenue une question de développement.
Pour un pays comme le Bénin, renforcer les compétences en sciences, en ingénierie, en technologie et dans les métiers techniques peut contribuer à disposer d’une main-d’œuvre mieux adaptée aux transformations de l’économie.
Cette orientation rejoint une problématique observée dans plusieurs pays africains : comment faire évoluer les systèmes éducatifs afin qu’ils produisent davantage de compétences directement mobilisables dans l’industrie, l’agriculture moderne, les services numériques, l’énergie ou encore les technologies émergentes ?
La question n’est toutefois pas seulement celle du nombre d’étudiants inscrits dans les filières scientifiques. Elle concerne aussi la qualité des formations, les équipements disponibles, les enseignants, les laboratoires, les débouchés professionnels et les liens entre universités et entreprises.
Le CNE veut inscrire la réflexion dans la perspective du Bénin 2060
La troisième Assemblée consultative du CNE intervient également dans le cadre de la réflexion autour de la vision « Bénin 2060 ».
Selon les responsables de l’institution, les filières scientifiques, technologiques et professionnelles doivent occuper une place importante dans cette trajectoire, notamment parce qu’elles peuvent soutenir l’industrialisation, l’innovation et la transformation numérique.
Cette ambition suppose cependant de dépasser le simple discours sur la modernisation de l’éducation.
Pour produire davantage de compétences scientifiques, il faut notamment rendre ces parcours attractifs, améliorer les conditions d’apprentissage et créer des passerelles plus solides entre la formation et l’emploi.
Une question de capital humain
Le secrétaire exécutif du CNE, Clément Chabi, a placé la jeunesse, la recherche et la qualité du capital humain au centre des échanges.
Son intervention souligne une réalité qui concerne aujourd’hui de nombreux pays africains : la souveraineté économique passe aussi par la capacité à disposer de femmes et d’hommes capables de concevoir, produire, maintenir et améliorer les technologies utilisées dans le pays.
La dépendance à l’égard des technologies et des expertises extérieures ne disparaît pas uniquement grâce à l’achat d’équipements. Elle se réduit progressivement lorsque les pays développent leurs propres compétences scientifiques et techniques.
Une assemblée de 69 membres pour évaluer les politiques éducatives
Au-delà du thème consacré aux sciences et aux technologies, l’Assemblée consultative doit également examiner les activités du CNE et ses comptes, tout en formulant des recommandations sur l’évolution du système éducatif.
Le Conseil compte 69 membres issus des secteurs public et privé. Cette composition vise à faire dialoguer différents acteurs concernés par les politiques éducatives.
La session doit également servir à mesurer l’état d’application des recommandations formulées lors des précédentes rencontres.
Ce suivi est déterminant. Une politique éducative ne se mesure pas uniquement à la qualité des recommandations adoptées, mais à leur capacité à produire des changements concrets dans les établissements, les universités et les centres de formation.
Le défi : transformer l’ambition en résultats
La promotion des sciences et des technologies constitue une orientation stratégique, mais elle comporte plusieurs défis.
Le premier concerne les infrastructures. Les formations scientifiques nécessitent des laboratoires, des équipements, une connexion numérique fiable et des environnements permettant aux étudiants de pratiquer autant que d’apprendre la théorie.
Le deuxième est lié aux enseignants et aux chercheurs. Une politique scientifique durable exige des personnels suffisamment nombreux, bien formés et capables d’accompagner l’évolution rapide des connaissances.
Le troisième concerne l’insertion professionnelle. Former davantage de scientifiques sans développer parallèlement les secteurs capables de les employer pourrait accentuer le décalage entre formation et marché du travail.
Enfin, la recherche doit trouver davantage de débouchés économiques. L’innovation devient réellement stratégique lorsqu’elle peut répondre à des besoins concrets et contribuer à la création de valeur.
Pourquoi c’est important
La bataille des compétences est devenue l’un des grands enjeux du développement africain.
Dans un contexte marqué par l’intelligence artificielle, la digitalisation des services, la transition énergétique et l’évolution rapide des métiers, les pays qui investissent dans leur capital humain disposent d’un avantage potentiel considérable.
Pour le Bénin, la promotion des filières scientifiques peut donc servir plusieurs objectifs à la fois :
améliorer l’adéquation entre formation et emploi ;
soutenir l’industrialisation ;
développer l’innovation locale ;
renforcer les compétences numériques ;
stimuler la recherche ;
réduire certaines dépendances technologiques ;
offrir aux jeunes davantage de perspectives dans les secteurs d’avenir.
Mais ces résultats ne seront pas automatiques. Ils dépendront de la capacité à transformer les orientations nationales en politiques financées, suivies et évaluées dans la durée.
Ce qu’il faut retenir
La question centrale n’est plus seulement de former davantage de diplômés, mais de former les compétences dont le Bénin aura besoin demain.
La troisième Assemblée consultative du CNE met ainsi en lumière une équation essentielle : l’éducation doit accompagner la transformation économique du pays, tandis que l’économie doit, en retour, créer suffisamment d’opportunités pour absorber les compétences formées.
L’enjeu est donc de construire un véritable écosystème reliant écoles, universités, centres de formation, recherche, entreprises et pouvoirs publics.
Une étape parmi d’autres
La rencontre de Porto-Novo constitue une étape de réflexion et d’évaluation. Sa portée réelle dépendra désormais de la mise en œuvre des recommandations qui en découleront.
Pour le Bénin, le défi sera de maintenir cette ambition sur le long terme : améliorer la qualité de l’enseignement, développer les infrastructures scientifiques, soutenir la recherche et rapprocher davantage les formations des besoins économiques.
À l’horizon 2060, la question sera moins de savoir combien de jeunes auront fréquenté les filières scientifiques que de mesurer ce qu’ils seront capables de créer, d’inventer et de transformer.
Source: https://www.africa-newsroom.com/


