La projection de Mercator agrandit l’Europe et réduit visuellement l’Afrique depuis 1569. Une résolution internationale demande désormais aux écoles et plateformes numériques d’adopter une carte respectant les surfaces réelles.
En septembre 2026, un vote réunissant les États membres adopte une résolution demandant à écoles, médias, plateformes numériques d’afficher désormais le monde autrement, selon le communiqué publié par l’Assemblée générale des Nations unies. Pour la première fois, l’ONU intervient sur une question de cartographie jusque-là surtout réservée aux experts. Employée en classe depuis 1569, la projection de Mercator essuie désormais des critiques parce qu’elle rapetisse visuellement l’Afrique, qui apparaît nettement trop petite face à ses dimensions réelles.
Mercator, une projection pensée pour les marins
Gerardus Mercator, cartographe flamand, conçoit son tracé en 1569 afin d’aider des marins pendant leurs traversées atlantiques. Dessiner dessus une trajectoire droite revient à garder constamment même cap avec une boussole. Très pratique en mer, cette propriété offrait aux marins un repère sûr, mais faussait fortement les dimensions réelles des territoires représentés sur le planisphère.
Plus on approche des régions polaires, plus l’erreur grandit puisque chaque terre semble progressivement agrandie. Le Groenland semble alors presque égal à l’Afrique. La réalité diffère pourtant fortement. Avec 30,37 millions de kilomètres carrés face aux 2,17 millions de l’île arctique, l’Afrique est quatorze fois plus grande. Impossible de soupçonner pareil rapport face à ce planisphère mural. Europe comme Amérique du Nord semblent également surdimensionnées par rapport à leurs superficies réelles.
Le scrutin a rassemblé 164 soutiens
Côté européen, l’Irlande a défendu cette résolution. Présenté par le Togo au nom du Groupe des États africains, ce projet recevait également l’appui de l’Union africaine avec celui des Bahamas. Son adoption a réuni 164 votes favorables, six abstentions, plus un refus. Cette opposition unique venait des États-Unis, dont les représentants jugent cette démarche idéologique.
Sa portée demeure cependant modeste. Mercator demeure autorisé, aucune alternative ne devient obligatoire, tandis que frontières comme souveraineté nationale restent intactes. L’Ukraine choisit l’abstention, car elle refuse la façon dont le planisphère proposé montre ses territoires occupés. Cinq pays supplémentaires ont adopté pareil choix lors du scrutin.
Créée en 2018, Equal Earth constitue l’alternative conseillée. Equal Earth préserve le rapport entre leurs superficies tout en donnant des continents faciles à reconnaître, avec leurs contours arrondis. Mais une représentation plane ne peut préserver simultanément chaque propriété du globe terrestre. Equal Earth altère donc certains angles, quand Mercator fausse les aires, limite admise clairement par les professionnels de la cartographie. L’ONU cible surtout éducation, sensibilisation et culture géographique. Pour naviguer, Mercator garde son avantage.
La diplomatie française délaisse déjà Mercator
Désormais, Mercator disparaîtra des propres documents du ministère français des Affaires étrangères, comme celui-ci l’a annoncé. Le lendemain même du scrutin, Jean-Noël Barrot, chef de la diplomatie, présente cette décision à la Sorbonne. Il reproche également à Mercator d’exagérer visuellement la taille des États-Unis, de la Russie comme de la Chine sur les représentations cartographiques utilisées.
Google supprimait Mercator sur ordinateur en 2018, remplacé par une vue du globe en 3D. Sa version mobile conserve pourtant le tracé conçu en 1569 comme affichage initial. Pendant ce temps, le Togo prépare de nouvelles cartes murales destinées à ses classes. Ailleurs, aucun calendrier ne fixe la date de ce remplacement.
Source : Science & Vie


