Côte d’Ivoire : la connectivité numérique s’étend dans les zones rurales

Dans plusieurs zones rurales de Côte d’Ivoire, l’arrivée du réseau mobile et d’Internet commence à transformer les habitudes quotidiennes. À travers son Programme national de connectivité rurale, le pays prévoit de connecter au total 575 localités, avec l’ambition de faciliter l’accès aux services numériques et de créer de nouvelles opportunités économiques.

Dans les villages, la connexion change déjà le quotidien

À plusieurs dizaines de kilomètres des grands centres urbains, l’accès au téléphone mobile et à Internet n’est plus seulement une question de confort. Pour certaines populations rurales, il devient progressivement un outil économique et social.

À Zandanakaha, dans le département de Ouangolodougou, dans le nord de la Côte d’Ivoire, l’installation d’une antenne en février 2025 a notamment permis l’apparition de services de mobile money.

Pour les habitants, cette évolution répond à un problème très concret : celui des déplacements nécessaires pour effectuer un transfert d’argent ou retirer des fonds.

Le mobile money rapproche les services financiers des habitants

Avant l’arrivée du service dans la localité, certains habitants devaient parcourir plusieurs kilomètres pour réaliser leurs opérations financières.

Cette situation représentait une perte de temps et pouvait devenir particulièrement contraignante en cas d’urgence.

Aujourd’hui, des points de service permettent d’effectuer ces opérations directement dans le village.

Pour certains habitants, le numérique devient également une source de revenus complémentaire. Des agriculteurs peuvent ainsi développer parallèlement une activité de services financiers de proximité.

Cette évolution montre que la connectivité ne se limite pas à permettre de passer des appels. Elle peut également favoriser la création de petites activités économiques.

L’accès à l’information s’élargit

L’impact du réseau se ressent également dans l’accès à l’information.

Les habitants peuvent désormais consulter les réseaux sociaux, suivre l’actualité nationale et internationale et communiquer plus facilement avec des proches vivant dans d’autres régions ou à l’étranger.

Pour les familles rurales, cette possibilité réduit en partie l’isolement informationnel qui pouvait caractériser certaines zones mal desservies.

De Zandanakaha à Kotolo, les infrastructures numériques progressent

Zandanakaha n’est pas un cas isolé.

À Kotolo, dans le département de Dabakala, un site radioélectrique connecté à Internet a été mis en service en janvier 2025.

L’objectif est de permettre aux habitants d’accéder directement aux communications mobiles et à Internet, notamment pour les appels classiques et les appels vidéo.

Ces infrastructures s’inscrivent dans le cadre du Programme national de connectivité rurale (PNCR).

Un programme déployé progressivement

Le programme est organisé en plusieurs phases.

La première phase, estimée à environ 10 milliards de FCFA, a permis la construction de 160 sites radioélectriques dans 175 localités.

Selon les estimations communiquées par le ministère chargé de la Transition numérique, cette première étape devait bénéficier à environ 221 267 habitants.

La deuxième phase représente un investissement annoncé de 18 milliards de FCFA et concerne 240 localités supplémentaires.

Elle couvre notamment plusieurs régions du pays, dont le Bélier, le Poro, le Tchologo, la Bagoué et le Haut-Sassandra.

La troisième phase prévoit quant à elle 160 localités supplémentaires, notamment dans l’Indénié-Djuablin, le Gboklê, le Sud-Comoé, le Tonkpi, le Kabadougou, le Bafing et le Worodougou.

Au total, le programme vise donc 575 localités rurales.

La Côte d’Ivoire cherche à réduire sa fracture numérique

Le déploiement de ces infrastructures s’inscrit dans une transformation numérique plus large du pays.

La Côte d’Ivoire a fortement développé ses réseaux de télécommunications au cours des dernières années. Mais l’existence d’une infrastructure nationale importante ne signifie pas que toutes les populations bénéficient du même niveau d’accès.

Le véritable défi est désormais de faire parvenir la connectivité jusque dans les zones les moins densément peuplées.

Une progression importante de l’accès à Internet

Les données communiquées dans le cadre du programme montrent une progression importante de l’accès à Internet.

Le taux de pénétration de l’Internet est passé d’environ 10 % en 2011 à 50 % en 2023.

Cette progression s’est notamment appuyée sur le développement du réseau national haut débit, avec un backbone de fibre optique annoncé à 5 207 kilomètres, ainsi que sur la mise en place de deux points d’atterrissement de câbles sous-marins.

La téléphonie mobile connaît également une forte diffusion dans le pays. Le taux de pénétration mobile était annoncé à 185 % en 2024, un chiffre supérieur à 100 % qui s’explique notamment par le fait qu’une même personne peut posséder plusieurs cartes SIM.

Au-delà de la connexion : un enjeu économique

L’enjeu du Programme national de connectivité rurale dépasse la simple possibilité de téléphoner ou d’utiliser les réseaux sociaux.

Dans les zones rurales, l’accès au numérique peut permettre de rapprocher les populations de plusieurs services et marchés.

Pour un agriculteur, Internet peut faciliter l’accès à l’information sur les prix, les techniques agricoles ou les débouchés commerciaux.

Pour un commerçant, les services numériques peuvent simplifier certains paiements et transferts.

Pour un jeune, une connexion Internet peut ouvrir l’accès à la formation en ligne, à l’information professionnelle ou à certaines activités numériques.

Le numérique peut créer de nouvelles activités

L’exemple de Zandanakaha montre déjà une réalité : une infrastructure numérique peut générer de nouveaux petits métiers.

Les points de mobile money, les services de transfert, la vente de services numériques ou encore certaines activités commerciales liées à Internet peuvent constituer des sources de revenus.

Mais ces possibilités ne deviennent réellement accessibles que si la connexion est accompagnée d’équipements abordables, de compétences numériques et de services adaptés aux besoins locaux.

Un objectif ambitieux pour 2030

La stratégie numérique ivoirienne prévoit une nouvelle accélération au cours des prochaines années.

Dans le cadre du Plan national de développement 2026-2030, le pays ambitionne notamment d’augmenter la contribution du secteur numérique à la création de richesse.

Selon les données communiquées, cette contribution se situe actuellement entre 6 et 8 % et l’objectif fixé se situe entre 12 et 15 % à l’horizon 2030.

Le gouvernement vise également une couverture nationale 4G de 100 % en 2030, contre 65 % en 2024.

La part de la population utilisant Internet devrait quant à elle passer de 40,7 % en 2024 à 60 % en 2030.

Les défis restent importants

Étendre la couverture numérique est une étape importante, mais connecter une localité ne signifie pas automatiquement que toute sa population pourra profiter pleinement d’Internet.

Le coût des smartphones, des forfaits Internet et de l’électricité peut encore limiter l’utilisation régulière des services numériques.

La question des compétences est également essentielle. Une population connectée mais insuffisamment formée aux outils numériques ne pourra pas exploiter tout le potentiel de cette infrastructure.

La qualité et la stabilité du réseau constituent enfin des éléments à surveiller, particulièrement dans les zones rurales éloignées.

La prochaine étape : transformer la connexion en valeur économique

Pour que la connectivité rurale produise un véritable impact, elle devra être accompagnée par des services adaptés aux réalités locales.

Formation numérique, développement du mobile money, commerce électronique, télémédecine, enseignement à distance, services administratifs en ligne ou encore accompagnement des agriculteurs peuvent contribuer à transformer l’accès au réseau en véritable levier de développement.

Ce qu’il faut retenir

La Côte d’Ivoire ne cherche plus seulement à connecter ses grandes villes. Le pays veut désormais étendre les infrastructures numériques aux territoires ruraux afin de réduire les écarts d’accès aux services.

Le Programme national de connectivité rurale vise 575 localités et mobilise plusieurs dizaines de milliards de FCFA à travers ses différentes phases.

Sur le terrain, les premiers effets sont déjà visibles : services de mobile money, appels vidéo, accès à l’information et nouvelles activités génératrices de revenus.

Mais le véritable défi commence après l’installation des antennes : transformer la connexion en emplois, en entreprises, en services et en opportunités durables pour les populations rurales.

La connexion comme nouvelle infrastructure du développement rural

Pendant longtemps, les routes, l’électricité et les infrastructures physiques ont été considérées comme les principales portes d’entrée du développement économique des zones rurales.

Aujourd’hui, une nouvelle infrastructure s’ajoute à cette équation : la connectivité numérique.

En Côte d’Ivoire, son extension pourrait progressivement modifier la manière dont les populations rurales travaillent, communiquent, accèdent aux services et participent à l’économie.

L’ambition affichée pour 2030 est importante. Sa réussite dépendra toutefois de la capacité du pays à faire en sorte que chaque nouvelle connexion ne soit pas seulement un signal disponible, mais une véritable opportunité de développement.

Source : Africa Newsroom

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